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Heures supplémentaires, primes et indemnités en Algérie : ce que dit la loi, comment vérifier (2026)

Une heure supplémentaire payée au tarif normal, une prime de panier qui disparaît un mois sur deux, un vendredi travaillé sans repos compensateur : les écarts se cachent dans les lignes variables de la fiche de paie. Voici la règle légale pour chaque cas, la méthode de calcul et les trois vérifications à faire chaque mois.

L’équipe ChgholMis à jour le 31/10/202612 min de lecture

Le salaire de base se négocie une fois ; les heures supplémentaires, les primes et les indemnités se gagnent ou se perdent tous les mois. Elles représentent souvent 20 à 40 % du net en industrie, dans le Sud, le transport, la sécurité, la santé ou la grande distribution. La loi n° 90-11 du 21 avril 1990 fixe des planchers que ni le contrat ni la convention ne peuvent abaisser ; les conventions collectives et les accords d’entreprise fixent le reste. Cet article complète le guide pour lire sa fiche de paie et le simulateur brut → net.

Le cadre légal : durée, heures supplémentaires, nuit, repos et jours fériés

La durée légale de travail est de 40 heures par semaine, réparties sur cinq jours au moins (ordonnance n° 97-03 du 11 janvier 1997 modifiant l’art. 22 de la loi 90-11). Le jour de repos hebdomadaire légal est le vendredi ; depuis 2009 le week-end des administrations et de la plupart des entreprises est vendredi-samedi. Le tableau ci-dessous reprend, pour chaque situation, ce que la loi garantit et ce que les conventions ajoutent le plus souvent.

Les taux des conventions sont donnés à titre d’exemple : votre convention de branche ou d’entreprise fait foi, et elle ne peut jamais descendre sous les planchers de la loi.
SituationRègle légale (loi 90-11, texte en vigueur en octobre 2026)Ce que prévoient souvent conventions et accords
Heures au-delà de 40 hRecours exceptionnel, pour « nécessité absolue de service » ; plafond 20 % de la durée légale, soit 8 h par semaine (art. 31)Un contingent annuel, une demande écrite du chef de service, un décompte sur la fiche de paie
Paiement des heures supMajoration d’au moins 50 % du salaire horaire normal (art. 32) ; jamais de « récupération » imposée à la place du paiement sans accordTaux plus élevés la nuit, le vendredi et les jours fériés (75 % ou 100 % selon les textes) ; parfois un repos compensateur en plus
Dépassement du plafondPossible seulement pour prévenir un accident, réparer un dommage ou achever un travail dont l’interruption présente un risque, avec consultation des représentants du personnel et information de l’inspection du travail (art. 31)Astreinte indemnisée, planning communiqué à l’avance
Travail de nuitToute heure entre 21 h et 5 h (art. 27) ; interdit aux moins de 19 ans ; interdit aux femmes sauf dérogation de l’inspecteur du travail (art. 28 à 29) ; règles et droits fixés par les conventionsIndemnité de travail de nuit ou de travail posté (ITP), transport assuré, panier de nuit
Jour de repos hebdomadaire travailléRepos compensateur d’égale durée et majoration comme pour les heures supplémentaires (art. 33 à 35)Majoration 100 % fréquente ; repos pris dans la semaine qui suit
Jour férié travailléJours fériés chômés et payés (art. 34, liste de la loi 63-278 modifiée) ; s’ils sont travaillés, repos compensateur et majoration (art. 35)Majoration 100 %, prime spécifique pour l’Aïd ou le 1er Mai
Récupération imposée au lieu du paiementLa loi prévoit le paiement majoré ; un repos de remplacement n’existe que si un accord collectif ou le contrat le prévoit, et il ne retire pas la majoration due pour un jour de reposCompte de récupération suivi par écrit, soldé avant la fin de l’année

Calculer une heure supplémentaire : la méthode et un exemple

  1. 1

    Trouver le salaire horaire normal

    Pour un temps plein à 40 h, le mois compte 173,33 heures (40 × 52 ÷ 12). Salaire horaire = salaire mensuel de référence ÷ 173,33. La loi parle de « salaire horaire normal » ; en pratique les entreprises retiennent le salaire de base, parfois augmenté des indemnités permanentes si la convention le prévoit. Vérifiez la définition dans votre convention.

  2. 2

    Appliquer la majoration

    Heure supplémentaire = salaire horaire × 1,50 au minimum. Si votre convention prévoit 75 % la nuit ou 100 % le vendredi, c’est ce taux qui s’applique pour ces heures-là.

  3. 3

    Multiplier par les heures réellement effectuées

    Les heures se comptent par semaine au-delà de 40 h, pas par jour : une journée de 9 h compensée par une journée de 7 h dans la même semaine ne crée pas d’heure supplémentaire, sauf disposition plus favorable de la convention.

  4. 4

    Contrôler le plafond

    8 h par semaine, soit environ 35 h par mois. Au-delà, l’employeur est en dehors du cadre de l’art. 31 : les heures restent dues, et l’inspection du travail peut le sanctionner.

  5. 5

    Vérifier les retenues

    Les heures supplémentaires sont du salaire : elles entrent dans l’assiette CNAS (9 % part salariale) et dans le revenu imposable à l’IRG. Un employeur qui les paie « à part », en espèces et hors fiche, vous fait perdre des droits à la retraite et à la couverture CNAS.

Primes et indemnités : qui les fixe, lesquelles sont du salaire

L’art. 81 de la loi 90-11 définit le salaire : le salaire de base issu de la classification, les indemnités versées pour l’ancienneté, les heures supplémentaires ou les conditions particulières de travail (travail posté, nuisance, astreinte, nuit, zone), et les primes liées à la productivité et aux résultats. Tout cela est du salaire : soumis à la CNAS, à l’IRG, pris en compte pour les congés, l’indemnité de licenciement et la retraite. Les remboursements de frais (panier, transport, mission) n’en font pas partie, dans les limites fixées par la réglementation.

Le décret exécutif 96-208 exclut de l’assiette CNAS les prestations familiales, les indemnités représentatives de frais et les primes à caractère exceptionnel ; au-delà des limites réglementaires, l’excédent d’une indemnité de frais redevient du salaire.
ÉlémentQui le fixeCaractèreCNASIRG
Indemnité d’expérience professionnelle (IEP, ancienneté)Convention ou accord d’entreprise : un pourcentage du salaire de base par annéeSalaire, permanentOuiOui
Heures supplémentairesLoi (plancher 50 %) puis conventionSalaire, variableOuiOui
Prime de rendement individuel ou collectif (PRI, PRC), prime d’objectifs, intéressementAccord d’entreprise, contrat, grille d’objectifs écriteSalaire, variableOuiOui
Indemnité de travail posté (ITP), de nuit, d’astreinteConvention de branche ou d’entrepriseSalaire, lié au planningOuiOui
Indemnité de nuisance (INH)Convention, selon l’exposition du posteSalaire, permanent tant que le poste l’estOuiOui
Indemnité de zone (Sud, isolement)Convention ou accord, par zone géographiqueSalaireOuiNon : l’indemnité de zone géographique est exonérée (code des impôts directs, art. 68)
Prime de responsabilité, d’encadrement, de caisse, de langueContrat ou accord d’entrepriseSalaire, lié à la fonctionOuiOui
Prime de fin d’année, « 13e mois », prime de l’AïdAccord d’entreprise ou usage constant dans l’entrepriseSalaire si elle est fixe et répétée ; gratification si elle reste discrétionnaireOuiOui
Indemnité de panierConvention ou accord ; par jour travailléRemboursement de fraisNon, dans les limitesNon, dans les limites
Indemnité de transportConvention ou accord ; souvent forfaitaireRemboursement de fraisNon, dans les limitesNon, dans les limites
Frais de mission, indemnité kilométrique, véhiculeBarème interne et justificatifsRemboursement de fraisNonNon, sur justificatifs
Allocations familialesLoi (CNAS, versées par l’employeur)Prestation sociale, pas du salaireNonNon

Vérifier sa fiche de paie en trois contrôles

  1. Les heures. Comparez le nombre d’heures supplémentaires de la fiche à votre propre relevé : notez chaque semaine vos horaires réels (photo du pointage, planning signé, messages du chef de service). Les heures se décomptent au-delà de 40 h par semaine.
  2. Le taux. Divisez le montant de la ligne « heures supplémentaires » par le nombre d’heures : vous devez retrouver au moins 1,5 × votre salaire horaire. Si la fiche affiche un montant global sans nombre d’heures, demandez le détail : l’art. 81 et la pratique de la paie imposent une ligne par nature de gain.
  3. La base. Vérifiez que les heures supplémentaires, l’ITP, la nuisance, l’ancienneté et le rendement figurent dans la base CNAS et dans le revenu imposable, et que panier et transport n’y figurent pas. Une prime versée hors fiche n’existe pas pour la CNAS ni pour la retraite.

Pour une prime variable, exigez la règle écrite : grille d’objectifs, mode de calcul, date de versement. Une prime « à la discrétion de la direction » peut disparaître sans recours ; une prime fixe versée chaque mois pendant des années devient un usage que l’employeur ne peut supprimer unilatéralement sans respecter la procédure de modification du contrat (loi 90-11, art. 63). Les droits garantis par la loi 90-11 s’appliquent à ces éléments comme au salaire de base.

En cas d’écart : réclamer, puis saisir

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    Écrire à l’employeur

    Une lettre ou un e-mail au service paie et au responsable hiérarchique : mois concerné, heures effectuées, montant attendu, montant versé, pièces jointes (planning, pointage). Demandez une régularisation sur la paie suivante. Gardez une copie.

  2. 2

    Saisir les représentants du personnel

    Délégués du personnel, comité de participation ou section syndicale : un écart collectif (toute une équipe payée au taux normal) se règle plus vite collectivement.

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    Saisir l’inspection du travail

    L’inspecteur de la wilaya peut contrôler le livre de paie et les plannings, constater le dépassement du plafond ou le défaut de majoration, et dresser un procès-verbal. La démarche est gratuite.

  4. 4

    Conciliation puis tribunal

    La loi n° 90-04 du 6 février 1990 organise le règlement des conflits individuels : tentative de conciliation devant le bureau de conciliation de l’inspection du travail, puis tribunal, section sociale, si elle échoue. Les rappels de salaire se réclament avec les pièces : fiches de paie, relevés d’heures, attestations de collègues.

Questions fréquentes

Puis-je refuser des heures supplémentaires ?

L’employeur peut les requérir dans la limite de 20 % et pour une nécessité absolue de service (art. 31) ; un refus répété sans motif peut être traité comme une faute. En revanche, vous pouvez refuser des heures non payées, au-delà du plafond, ou un travail de nuit si vous avez moins de 19 ans ou si vous êtes une femme sans dérogation de l’inspecteur du travail.

Mon contrat prévoit un forfait « toutes heures comprises » : est-ce légal ?

Un salaire forfaitaire ne supprime pas les planchers de la loi : les heures au-delà de 40 h restent supplémentaires et majorées d’au moins 50 %. Pour les cadres, certaines conventions prévoient une indemnité forfaitaire de sujétion ; elle doit couvrir au moins ce que le calcul légal donnerait.

Travailler le vendredi : que dois-je recevoir ?

Un repos compensateur d’égale durée et la majoration prévue pour les heures supplémentaires (art. 35). La convention fixe souvent 100 %. Si vous ne recevez que le repos, ou que la majoration, il manque l’un des deux.

La prime de panier est-elle due les jours de congé ou de maladie ?

Non : c’est un remboursement de frais lié à un jour travaillé. Elle n’est pas due les jours non travaillés, et c’est aussi pour cela qu’elle n’entre pas dans la base CNAS ni dans le calcul de l’indemnité de congé.

L’employeur a supprimé la prime de rendement sans explication : que faire ?

Demandez par écrit la règle de calcul et le motif. Si la prime a été versée chaque mois pendant des années à un montant stable, elle est devenue un élément du salaire que l’employeur ne peut retirer sans modifier le contrat (art. 63). Si elle dépend d’objectifs écrits non atteints, la suppression est régulière.

Les heures supplémentaires comptent-elles pour la retraite et l’indemnité de congé ?

Oui pour la retraite et les prestations CNAS, puisqu’elles sont dans l’assiette des cotisations. L’indemnité de congé annuel est égale au douzième de la rémunération totale perçue pendant l’année de référence, heures supplémentaires comprises (art. 52).

Une indemnité de transport de 10 000 DA peut-elle rester exonérée ?

Seulement dans les limites fixées par la réglementation ; au-delà, l’excédent est traité comme du salaire et devient soumis à la CNAS et à l’IRG. Une indemnité de frais « gonflée » pour éviter les cotisations réduit vos droits à la retraite : vérifiez le montant déclaré.

L’équipe Chghol

Guides rédigés à partir des textes officiels (Journal officiel, DGI, CNAS, ANEM) et de l’expérience des recruteurs algériens. Relus à chaque changement de loi.

Mis à jour le 31/10/2026