Aller au contenu
chgholBêta
Je recrute

Guide salarié

Lire sa fiche de paie en Algérie : rubriques, cotisations CNAS, IRG et erreurs fréquentes (2026)

Chaque mois, votre fiche de paie raconte comment votre brut devient un net. Rubrique par rubrique, voici ce qu’elle doit contenir, comment recalculer la CNAS et l’IRG en cinq minutes, et les erreurs qui coûtent de l’argent sans que personne ne s’en aperçoive.

L’équipe ChgholMis à jour le 30/10/202612 min de lecture

Un numéro, une colonne de montants, deux ou trois sigles et un total en bas : beaucoup de salariés ne lisent de leur fiche de paie que la dernière ligne. Pourtant, chaque rubrique est une pièce de votre dossier : elle fixe vos droits à la retraite, vos indemnités de maladie, votre congé, votre impôt. Ce guide la lit avec vous, ligne par ligne, à partir d’un exemple de 60 000 DA brut, puis vous donne la méthode pour vérifier la vôtre et agir si quelque chose ne colle pas.

Une fiche de paie est obligatoire, et elle vous appartient

La loi 90-11 impose à l’employeur de remettre, à chaque versement, un document écrit qui détaille la rémunération et chacun de ses éléments, et de tenir un livre de paie. Papier ou PDF, la forme est libre ; l’absence de fiche, en revanche, est une infraction que l’inspection du travail sanctionne. Conservez-les toutes : la CNR reconstitue votre carrière à partir des déclarations de l’employeur, et la fiche de paie est la preuve qui comble les trous quand une période n’a pas été déclarée.

  • L’en-tête identifie l’employeur (raison sociale, adresse, numéro d’employeur CNAS) et vous (nom, poste, classification ou catégorie, date d’embauche, numéro de sécurité sociale). Une erreur de numéro de sécurité sociale, c’est une carrière déclarée sur le dossier de quelqu’un d’autre.
  • La période (le mois) et la base de temps : 173,33 heures pour un temps plein à 40 heures par semaine, ou le nombre de jours travaillés. Les absences, congés et jours fériés y figurent avec leur nombre.
  • Le corps liste les gains, puis les retenues, puis le net. Chaque ligne porte un libellé, une base, un taux ou un nombre, et un montant.
  • Le pied indique le net à payer, le mode de paiement (virement, chèque, espèces), le cumul annuel de l’imposable et de l’IRG, et souvent le solde de congé acquis (2,5 jours par mois de travail, soit 30 jours par an).

Les gains : salaire de base, primes et indemnités

La loi 90-11 (article 81) distingue trois familles d’éléments de rémunération, et la fiche les sépare pour une raison précise : toutes ne sont pas soumises aux mêmes retenues.

Les rubriques habituelles d’une fiche de paie algérienne et leur traitement. Les primes soumises forment, avec le salaire de base, le « salaire de poste » qui sert d’assiette.
RubriqueCe que c’estSoumise à la CNASSoumise à l’IRG
Salaire de baseLe salaire de votre classification (grille, convention de branche ou contrat). Jamais inférieur au SNMG de 20 000 DA pour un temps plein.OuiOui
Indemnité d’expérience professionnelle (IEP, ancienneté)Un pourcentage du salaire de base qui augmente avec les années de service, selon la convention ou l’accord d’entreprise.OuiOui
Primes de rendement, de résultat, d’intéressement (PRI, PRC…)Liées à la productivité individuelle ou collective ; variables d’un mois à l’autre.OuiOui
Indemnités de conditions de travail (nuisance, travail posté, astreinte, zone)Compensent une contrainte du poste ; fixées par la convention ou l’accord.OuiOui (la zone géographique est exonérée d’IRG)
Heures supplémentairesMajorées d’au moins 50 % du taux horaire ; limitées à 20 % de la durée légale, sauf cas prévus.OuiOui
Indemnité de panier, de transportRemboursement forfaitaire de frais, dans les limites prévues par la réglementation.NonNon (dans les limites ; l’excédent redevient imposable)
Allocations familiales, salaire uniquePrestations à caractère familial, versées pour le compte de la CNAS.NonNon

Les retenues : CNAS 9 %, IRG, et le reste

La cotisation de sécurité sociale : 9 % du salaire de poste

La part salariale des cotisations est de 9 % du salaire soumis (décret 94-187 modifié). Elle se décompose en assurances sociales 1,5 %, retraite 6,75 %, assurance chômage 0,5 % et retraite anticipée 0,25 %. L’employeur verse de son côté une part patronale d’environ 26 %, plus 0,5 % au fonds des œuvres sociales ; elle n’apparaît pas toujours sur votre fiche, mais elle fait partie de ce que vous coûtez. Vérifiez surtout l’assiette : les primes soumises doivent y être, les indemnités de frais non.

L’IRG : un impôt par tranches, après abattement

L’impôt sur le revenu global est retenu à la source sur le revenu imposable : salaire soumis moins la cotisation CNAS, arrondi à la dizaine de dinars inférieure. Le barème mensuel compte six tranches : 0 % jusqu’à 20 000 DA, 23 % de 20 001 à 40 000, 27 % de 40 001 à 80 000, 30 % de 80 001 à 160 000, 33 % de 160 001 à 320 000, 35 % au-delà. L’impôt ainsi calculé bénéficie d’un abattement de 40 %, compris entre 1 000 et 1 500 DA par mois. Les revenus imposables jusqu’à 30 000 DA sont exonérés, et un lissage s’applique entre 30 001 et 35 000 DA. Le détail et un simulateur sont dans notre guide du brut au net.

Les autres lignes de retenue

  • Absences non rémunérées : déduites au taux horaire (salaire de poste ÷ 173,33) ou journalier, sur la ligne des gains ou en retenue, jamais sur le net.
  • Avances et acomptes : remboursés par retenue, avec votre accord écrit sur l’échéancier.
  • Mutuelle, prêt d’entreprise, œuvres sociales : retenues conventionnelles, autorisées par le contrat ou l’accord d’entreprise.
  • Saisie-arrêt ou cession de salaire : seulement sur décision de justice ou acte notifié, dans la limite de la fraction saisissable.

Exemple chiffré : 60 000 DA brut, ligne par ligne

Prenons un salarié à temps plein, 45 000 DA de salaire de base, 10 % d’IEP, une prime de rendement de 5 000 DA, une indemnité de panier de 3 000 DA et une indemnité de transport de 2 500 DA.

60 000−5 400−7 04247 558
BrutCNAS 9 %IRGNet à payer
Du brut au net pour cet exemple : la CNAS retient 9 % du salaire de poste, l’IRG s’applique sur le revenu imposable, les indemnités de frais passent sans retenue.
Les montants sont arrondis au centime ; le revenu imposable est arrondi à la dizaine inférieure comme le fait l’administration fiscale.
LigneBaseTaux / nombreMontant
Salaire de base173,33 h—45 000,00 DA
IEP (expérience)45 000,0010 %4 500,00 DA
Prime de rendement——5 000,00 DA
Salaire de poste (soumis)54 500,00 DA
Indemnité de panier20 jours150,003 000,00 DA
Indemnité de transport——2 500,00 DA
Salaire brut60 000,00 DA
Retenue CNAS54 500,009 %− 4 905,00 DA
Revenu imposable (arrondi)54 500 − 4 905→ 49 59049 590,00 DA
IRG barème20 000 × 23 % + 9 590 × 27 %4 600 + 2 589,307 189,30 DA
Abattement 40 % (plafonné)7 189,30 × 40 % = 2 875,72maximum 1 500− 1 500,00 DA
Retenue IRG− 5 689,30 DA
Net à payer60 000 − 4 905 − 5 689,3049 405,70 DA

Le net représente ici 82 % du brut. Si les 5 500 DA de panier et de transport avaient été intégrés par erreur dans la base CNAS et IRG, le salarié perdrait chaque mois 495 DA de cotisation et environ 1 485 DA d’impôt en plus. À l’inverse, si la prime de rendement avait été sortie de la base, la retenue baisserait de 450 DA, mais la retraite et les indemnités de maladie seraient calculées sur un salaire amputé : c’est la CNAS qui, le jour venu, applique le salaire déclaré.

Vérifier sa fiche en six étapes

  1. 1

    Contrôlez l’en-tête et le temps de travail

    Nom, poste, classification, date d’embauche, numéro de sécurité sociale, puis le nombre d’heures ou de jours. Une absence que vous n’avez pas eue, un jour férié compté comme absence, un temps partiel affiché pour un temps plein : c’est là que commencent la plupart des écarts.

  2. 2

    Recalculez le salaire de poste

    Salaire de base + IEP + primes soumises + heures supplémentaires. Comparez le salaire de base à votre contrat et à la grille de classification ; comparez le taux d’IEP à votre ancienneté réelle. Si vous avez obtenu une augmentation, vérifiez qu’elle est appliquée depuis la bonne date, avec le rappel pour les mois écoulés.

  3. 3

    Vérifiez l’assiette et le taux de la CNAS

    La retenue doit valoir 9 % du salaire de poste, ni plus (indemnités de frais incluses à tort) ni moins (primes oubliées). Connectez-vous à l’espace assuré de la CNAS pour confirmer que l’employeur déclare bien le même salaire : c’est ce montant qui ouvre vos droits.

  4. 4

    Refaites l’IRG

    Imposable = salaire de poste − CNAS, arrondi à la dizaine inférieure. Appliquez les tranches, retirez l’abattement (entre 1 000 et 1 500 DA), contrôlez l’exonération sous 30 000 DA. Un IRG calculé sur le brut, ou sans abattement, est une erreur fréquente des paies faites à la main.

  5. 5

    Contrôlez les heures supplémentaires et les absences

    Taux horaire = salaire de poste ÷ 173,33. Chaque heure supplémentaire est payée au moins 1,5 fois ce taux (davantage la nuit et les jours de repos selon la convention). Une absence est déduite au même taux, pas au-delà.

  6. 6

    Comparez le net à payer au virement

    Le montant viré doit être exactement le net de la fiche. Un écart signale une retenue non mentionnée (avance, saisie) ou une erreur de virement. Gardez le relevé bancaire avec la fiche.

Les huit erreurs les plus fréquentes

  • Indemnités de frais dans la base CNAS ou IRG : vous payez des retenues sur du remboursement de frais.
  • Primes soumises hors de la base CNAS : moins de retenue aujourd’hui, moins de retraite et d’indemnités journalières demain.
  • IRG calculé sur le brut, ou sans l’abattement de 40 %, ou sans l’exonération sous 30 000 DA.
  • Heures supplémentaires au taux normal ou majorées de 25 % seulement : le minimum légal est 50 %.
  • Ancienneté figée : l’IEP n’a pas suivi vos années de service, ou l’augmentation convenue n’est pas appliquée depuis la date promise.
  • Congé non suivi : le solde affiché ne correspond pas aux 2,5 jours acquis par mois moins les jours pris, ou l’indemnité de congé n’est pas calculée au douzième de la rémunération de l’année de référence.
  • Absence déduite sur le net au lieu de la base, ce qui gonfle les retenues et fausse le cumul imposable.
  • Numéro de sécurité sociale erroné ou salaire déclaré à la CNAS différent de la fiche : l’erreur ne se voit qu’au moment de la maladie ou de la retraite.

Que faire si la fiche est fausse

Commencez par la demande écrite au service paie ou à l’employeur, avec votre calcul : la plupart des écarts sont des erreurs de paramétrage corrigées par un rappel sur la paie suivante. Sans réponse, saisissez l’inspection du travail de la wilaya, compétente pour la fiche de paie, le SNMG, les heures supplémentaires et le congé ; elle peut convoquer l’employeur et dresser un procès-verbal. Pour le salaire déclaré, l’agence CNAS compare la déclaration de l’employeur à votre fiche. En dernier recours, le tribunal social tranche, après le passage obligatoire devant le bureau de conciliation. Pensez aux délais : agissez dès que l’écart apparaît, et avant de quitter l’entreprise, car le solde de tout compte régularise tout ce qui reste dû au départ.

Questions fréquentes

Mon employeur peut-il refuser de me remettre une fiche de paie ?

Non. La loi 90-11 impose un document écrit détaillant la rémunération à chaque paie, et la tenue d’un livre de paie. Demandez-la par écrit ; en cas de refus, l’inspection du travail de votre wilaya est compétente.

Pourquoi mon net change-t-il alors que mon salaire de base est le même ?

Parce que les primes variables, les heures supplémentaires et les absences modifient le salaire de poste, donc la CNAS et l’IRG. Un changement du nombre de jours de panier joue aussi. Comparez les deux fiches ligne par ligne : la différence est toujours localisable.

La CNAS retient-elle 9 % de tout mon brut ?

Non, 9 % du salaire de poste : salaire de base, IEP, primes et indemnités soumises, heures supplémentaires. Les indemnités de panier et de transport, dans les limites réglementaires, et les prestations familiales ne sont pas soumises.

Comment savoir ce que mon employeur déclare vraiment à la CNAS ?

Créez votre espace assuré sur le portail de la CNAS, ou demandez un relevé de carrière à votre agence. Le salaire déclaré y figure par période : il doit correspondre au salaire de poste de vos fiches. Un écart se signale à l’agence, qui contrôle l’employeur.

Les heures supplémentaires sont-elles imposables ?

Oui, elles s’ajoutent au salaire de poste et supportent la CNAS et l’IRG. Elles doivent être payées avec une majoration d’au moins 50 % et rester, sauf exceptions prévues par la loi, dans la limite de 20 % de la durée légale.

Combien de temps dois-je garder mes fiches de paie ?

Toute votre carrière, et au-delà du départ à la retraite. Elles prouvent vos périodes et vos salaires si une déclaration manque chez la CNAS ou la CNR, et servent pour l’allocation chômage, un prêt ou un contentieux.

Le salaire au SNMG apparaît-il avec un IRG ?

Non. À 20 000 DA brut, le revenu imposable est de 18 200 DA, sous le seuil d’exonération de 30 000 DA : la seule retenue est la CNAS, et le net est de 18 200 DA.

Sources officielles

L’équipe Chghol

Guides rédigés à partir des textes officiels (Journal officiel, DGI, CNAS, ANEM) et de l’expérience des recruteurs algériens. Relus à chaque changement de loi.

Mis à jour le 30/10/2026