Votre entreprise a besoin d’une compétence qu’elle ne trouve pas sur le marché algérien, ou votre maison mère veut détacher un cadre à Alger. Un étranger ne peut travailler en Algérie qu’avec un titre de travail délivré par l’administration et un visa correspondant. Ce guide explique qui est éligible, quel titre demander, comment constituer le dossier et quelles obligations suivent l’embauche, pour un gérant, un DRH ou une agence qui recrute pour le compte d’un client.
Qui peut être recruté : le principe et ses limites
La loi 81-10 pose une règle simple : l’emploi d’un travailleur étranger n’est autorisé que si le poste exige un niveau de qualification au moins égal à celui de technicien et si aucune main-d’œuvre nationale de qualification équivalente n’est disponible. En pratique, la direction de l’emploi de la wilaya (DEW) vérifie ces deux conditions au vu du poste, des diplômes du candidat et, souvent, d’une recherche préalable sur le marché local.
- Postes concernés : ingénieurs, cadres techniques et de gestion, experts, formateurs, techniciens spécialisés. Un poste d’exécution (agent, ouvrier, employé administratif) n’ouvre pas droit à un titre de travail, sauf cadre particulier prévu par un accord international.
- Preuve de l’indisponibilité : la DEW demande généralement que l’offre ait été déposée à l’ANEM et que l’agence n’ait pas présenté de candidat qualifié dans le délai légal. Gardez la notification du poste et la réponse de l’agence : elles rejoindront le dossier.
- Diplômes et expérience : les diplômes étrangers sont produits en copie légalisée, traduits en arabe ou en français par un traducteur assermenté quand ils sont rédigés dans une autre langue, avec les attestations de travail qui justifient l’expérience demandée.
- Cas particuliers : les salariés détachés par une société étrangère pour exécuter un marché en Algérie relèvent du même régime, avec en plus les clauses du cahier des charges du marché (proportion de personnel étranger, transfert de compétences). Les accords bilatéraux peuvent prévoir des dispenses ou des facilités pour certaines nationalités : vérifiez-les avant de constituer le dossier.
Permis de travail ou autorisation temporaire : lequel demander
Deux titres existent, délivrés par la direction de l’emploi de la wilaya du lieu de travail pour le compte du ministère chargé du Travail.
| Permis de travail | Autorisation de travail temporaire | |
|---|---|---|
| Pour quelle situation | Un emploi durable : CDI ou CDD de plusieurs mois, cadre détaché pour la durée d’un projet | Une mission courte : installation d’un équipement, formation, audit, lancement de chantier |
| Durée | Jusqu’à 2 ans, renouvelable | 3 mois au maximum, renouvelable une seule fois |
| Visa correspondant | Visa de travail | Visa de travail temporaire |
| Titre de séjour | Carte de résident, à demander après l’arrivée | Le visa couvre en général la durée de la mission |
| Changement d’employeur | Impossible sans un nouveau permis : le titre est lié à l’employeur et au poste | Impossible : l’autorisation est délivrée pour une mission précise |
| Renouvellement | À déposer avant l’expiration, avec le bilan du poste et la justification du maintien du besoin | Une fois ; au-delà, un permis de travail devient nécessaire |
Le parcours en 8 étapes, du besoin à la déclaration
- 1
Qualifier le poste et chercher localement
Rédigez une fiche de poste qui fait apparaître le niveau requis (technicien au minimum) et les compétences rares. Déposez l’offre à l’ANEM (agence locale ou Wassit) et conservez la preuve du dépôt et de la réponse. Cette étape répond à la condition d’indisponibilité posée par la loi.
- 2
Signer un contrat sous condition
Le contrat de travail précise le poste, le lieu, la durée, la rémunération et prend effet à l’obtention du titre de travail et du visa. Pour un salarié détaché, la convention de détachement entre les deux sociétés complète le contrat. Relisez notre guide CDD ou CDI : les règles de la loi 90-11 s’appliquent aussi au salarié étranger.
- 3
Déposer la demande de titre à la DEW
L’employeur dépose le dossier à la direction de l’emploi de la wilaya du lieu de travail : formulaire de demande, contrat visé, copie du passeport, diplômes et attestations légalisés et traduits, CV, photos, extrait du registre du commerce et attestations fiscales et parafiscales de l’entreprise, preuve de la recherche ANEM. Un droit de timbre, fixé par la loi de finances, est acquitté au retrait du titre.
- 4
Obtenir le visa de travail au consulat
Le titre de travail (ou son attestation de dépôt accepté selon les consulats) est transmis au salarié, qui demande au consulat d’Algérie de son pays un visa de travail ou de travail temporaire, avec le contrat, une attestation de l’employeur, une attestation d’hébergement et une assurance. Le délai dépend du consulat : comptez plusieurs semaines.
- 5
Accueillir et déclarer l’arrivée
À l’arrivée, l’hébergeur déclare le séjour de l’étranger aux services compétents selon la loi 08-11. Si l’entreprise loge le salarié, cette déclaration lui revient. Conservez les copies du visa et du titre de travail au dossier du personnel.
- 6
Demander la carte de résident
Le titulaire d’un visa de travail demande une carte de résident à la wilaya ou à la daïra de son domicile avant l’expiration du visa, avec le permis de travail, le contrat, le justificatif de domicile et les pièces d’état civil. La carte est délivrée pour une durée alignée sur le permis et renouvelée avec lui.
- 7
Déclarer le salarié comme un salarié algérien
Affiliation à la CNAS dans les 10 jours de l’embauche, information de l’ANEM du recrutement effectué, inscription au registre du personnel, bulletin de paie mensuel, retenue de l’IRG à la source. Les règles de la paie algérienne s’appliquent sans adaptation, sauf convention bilatérale de sécurité sociale pour un salarié détaché.
- 8
Suivre les échéances et la fin du contrat
Notez les dates d’expiration du permis, du visa et de la carte de résident et lancez les renouvellements au moins 2 mois avant. À la fin du contrat, l’employeur informe la DEW de la cessation d’emploi et le salarié régularise sa situation de séjour. Un étranger qui continue à travailler avec un titre expiré expose l’entreprise aux sanctions de la loi 81-10.
Les obligations de l’employeur après l’embauche
Le titre de travail ne clôt pas le dossier. La loi 81-10 met plusieurs obligations continues à la charge de l’employeur, contrôlées par l’inspection du travail et les services de l’emploi.
- N’employer que des étrangers munis d’un titre valide, pour le poste et l’employeur indiqués. Un contrat signé ne remplace pas le permis.
- Déclarer les mouvements : l’engagement, la fin de contrat, le changement de poste ou de lieu de travail sont portés à la connaissance de la direction de l’emploi, dans les délais que celle-ci indique au dépôt du dossier.
- Tenir à disposition les pièces : titre de travail, contrat, visa, carte de résident, déclarations CNAS, dans le dossier du personnel, consultables par l’inspecteur du travail.
- Respecter les engagements du titre : rémunération déclarée, poste occupé, durée. Une modification substantielle du poste suppose une mise à jour du titre.
- Former la relève lorsque le titre a été accordé avec une clause de transfert de compétences ou dans le cadre d’un marché public : le renouvellement en dépend.
Sécurité sociale et impôt : le droit commun, sauf convention
Un salarié étranger employé par une entreprise de droit algérien est affilié à la CNAS et cotise comme tout salarié (part salariale 9 %, part patronale 25 %, plus le 0,5 % du fonds des œuvres sociales). Il bénéficie des mêmes prestations : maladie, accident du travail, retraite proportionnelle à ses périodes. Un salarié détaché par une société étrangère peut rester affilié au régime de son pays pendant la durée prévue par la convention bilatérale de sécurité sociale, lorsqu’elle existe (France, Belgique, Tunisie, Roumanie, notamment) ; sans convention, l’affiliation à la CNAS s’impose.
Côté impôt, le salaire versé en Algérie est soumis à l’IRG retenu à la source selon le barème de droit commun. Un salarié présent plus de 183 jours dans l’année est considéré comme résident fiscal ; les conventions fiscales de non-double imposition règlent le cas des rémunérations payées depuis l’étranger. Faites valider le montage par un expert-comptable avant de verser une partie du salaire hors d’Algérie : les règles de change encadrent strictement ces flux.
Les six erreurs qui coûtent cher
- Faire venir le salarié avec un visa d’affaires ou de tourisme « en attendant » le permis : c’est un travail sans titre, sanctionné pour l’employeur comme pour le salarié, et le visa de travail devra de toute façon être demandé depuis le pays d’origine.
- Recruter un étranger déjà en Algérie sous le permis d’un autre employeur sans demander un nouveau titre.
- Déposer un dossier pour un poste d’exécution ou sans justification de la recherche locale : refus quasi certain et plusieurs semaines perdues.
- Oublier la carte de résident après l’arrivée : le salarié se retrouve en séjour irrégulier alors que son permis de travail est valide.
- Négliger les renouvellements : un permis expiré rend le travail illégal du jour au lendemain, même si le contrat court toujours.
- Payer le salarié hors de la paie algérienne pour « simplifier » : sans affiliation CNAS ni retenue IRG, l’entreprise s’expose à des redressements et à la nullité des garanties sociales du salarié. Les droits du salarié s’appliquent à lui comme aux autres.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour recruter un salarié étranger ?
Comptez en général de 2 à 4 mois entre le dépôt de l’offre à l’ANEM et la prise de poste : recherche locale, instruction du dossier par la direction de l’emploi, délai consulaire pour le visa, puis carte de résident. Les délais varient selon la wilaya et le consulat.
Un étranger marié à une Algérienne ou à un Algérien a-t-il besoin d’un permis ?
Le mariage facilite le séjour (carte de résident) mais ne dispense pas, en principe, du titre de travail prévu par la loi 81-10 pour occuper un emploi salarié. Renseignez-vous auprès de la direction de l’emploi : certaines situations sont traitées de façon simplifiée.
Peut-on embaucher un étudiant étranger inscrit dans une université algérienne ?
Le visa et la carte de résident « études » n’autorisent pas un emploi salarié. Un stage de fin d’études conventionné avec l’université est possible ; un emploi suppose un changement de statut et un titre de travail, rarement accordé pour un poste d’exécution.
Le salarié étranger a-t-il droit au SNMG, aux congés et aux indemnités comme un Algérien ?
Oui. La loi 90-11 s’applique à toute relation de travail exécutée en Algérie, sans distinction de nationalité : salaire minimum, durée du travail, congés, préavis, indemnités. Les avantages liés à l’expatriation (logement, billets d’avion) s’ajoutent par contrat.
Que risque l’entreprise qui emploie un étranger sans titre de travail ?
Des amendes par travailleur en infraction, doublées en cas de récidive, prévues par la loi 81-10, auxquelles s’ajoutent les sanctions du droit du séjour (loi 08-11) et le risque de reconduite du salarié à la frontière. Les montants sont périodiquement révisés : la direction de l’emploi vous indiquera le barème en vigueur.
Qui paie le permis, le visa et la carte de résident ?
Rien n’impose la répartition. Dans la pratique, l’employeur prend en charge le droit de timbre du titre de travail et les frais consulaires, et le précise dans le contrat. Le droit de timbre est fixé par la loi de finances ; demandez le montant en vigueur à la direction de l’emploi.
Une agence de placement peut-elle déposer la demande pour nous ?
Elle peut préparer le dossier et vous accompagner, mais la demande est faite au nom de l’employeur réel, qui signe le contrat et porte les obligations. Vérifiez que l’agence est agréée par le ministère du Travail pour le placement.
Sources officielles
- Loi n° 81-10 du 11 juillet 1981 relative aux conditions d’emploi des travailleurs étrangers — Journal officiel
- Décret n° 82-510 du 25 décembre 1982 fixant les modalités d’attribution du permis de travail et de l’autorisation de travail temporaire
- Loi n° 08-11 du 25 juin 2008 relative aux conditions d’entrée, de séjour et de circulation des étrangers en Algérie
- Loi n° 90-11 du 21 avril 1990 relative aux relations de travail
- Loi n° 04-19 du 25 décembre 2004 relative au placement des travailleurs et au contrôle de l’emploi
- Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale — directions de l’emploi de wilaya
- Agence nationale de l’emploi (ANEM) — plateforme Wassit
- Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés (CNAS)
Textes consultés à la date de mise à jour de l’article.