Une grippe sévère, une opération, une chute sur un chantier ou un accident de moto sur le trajet du bureau : tôt ou tard, un salarié algérien se retrouve avec un certificat d’arrêt de travail entre les mains et deux questions : *qui me paie, et combien ?* La réponse tient dans deux lois de 1983 encore en vigueur, gérées par la Caisse nationale des assurances sociales (CNAS) : la loi 83-11 pour la maladie et la maternité, la loi 83-13 pour les accidents du travail et les maladies professionnelles. Ce guide les traduit en chiffres, en délais et en démarches concrètes, et rappelle ce que votre employeur a le droit de faire, ou non, pendant votre absence.
Qui est couvert, et par quoi
Tout salarié lié par une relation de travail, à temps plein ou partiel, en CDI ou en CDD, doit être affilié à la CNAS par son employeur dans les 10 jours suivant l’embauche (loi 83-14 relative aux obligations des assujettis). L’affiliation déclenche quatre protections : les soins (remboursés à 80 %, à 100 % pour les maladies chroniques listées, via la carte Chifa et le tiers payant), les indemnités journalières quand vous ne pouvez pas travailler, le congé de maternité (14 semaines à 100 %) et la couverture accidents du travail et maladies professionnelles. Les mêmes cotisations financent votre future retraite CNR.
| Qui paie | Taux | Ce que cela couvre |
|---|---|---|
| Employeur | 25 % du salaire de poste | Assurances sociales, accidents du travail, retraite, chômage, retraite anticipée |
| Salarié (retenue sur la paie) | 9 % du salaire de poste | Sa part des mêmes branches, dont 1,5 % pour l’assurance maladie |
| Employeur (œuvres sociales) | 0,5 % | Fonds national de péréquation des œuvres sociales |
| Total | 34,5 % | Décret exécutif 94-187 modifié (notamment par le décret 15-236) |
Arrêt maladie : combien vous touchez
Pendant un arrêt maladie, votre employeur ne vous verse pas votre salaire : c’est la CNAS qui vous paie une indemnité journalière (IJ), calculée sur votre salaire de poste (salaire de base plus les primes et indemnités liées au poste, après déduction des cotisations et de l’IRG). Certaines conventions collectives ou accords d’entreprise prévoient que l’employeur complète l’indemnité pour maintenir le salaire : vérifiez votre convention et votre contrat.
| Situation | Indemnité journalière | Précisions |
|---|---|---|
| Du 1er au 15e jour d’arrêt | 50 % du salaire de poste journalier | Quelle que soit la maladie |
| À partir du 16e jour | 100 % du salaire de poste journalier | Même pour un arrêt continu, même après prolongation |
| Hospitalisation ou affection de longue durée | 100 % dès le premier jour | Liste des affections de longue durée fixée par la réglementation (diabète, insuffisance rénale, cancers, etc.) |
| Plafond | Au plus 1/30 du salaire de poste mensuel | L’indemnité ne peut pas dépasser le salaire que vous auriez perçu |
| Durée maximale | 3 ans pour une même affection | Au-delà, la CNAS examine une pension d’invalidité |
Exemple : un salaire de poste net de 45 000,00 DA donne un salaire journalier de 1 500,00 DA (sur 30 jours). Un arrêt de 20 jours ouvre droit à 15 × 750,00 DA + 5 × 1 500,00 DA = 18 750,00 DA, soit 62 % du mois. Si le même arrêt suit une hospitalisation, il est indemnisé 20 × 1 500,00 DA = 30 000,00 DA. Les jours fériés et les week-ends compris dans l’arrêt sont indemnisés comme les autres : l’indemnité est due par jour calendaire.
Les démarches, dans l’ordre
- 1
Consulter et obtenir le certificat d’arrêt de travail
Le médecin remplit le formulaire CNAS d’arrêt de travail en trois volets, avec la durée prescrite. Demandez-lui de cocher hospitalisation ou affection de longue durée si c’est votre cas : le taux en dépend dès le premier jour.
- 2
Prévenir l’employeur dans les 24 heures
Par téléphone, message ou e-mail, puis remettez-lui son volet employeur (en main propre, par un proche ou par recommandé). Le règlement intérieur fixe souvent un délai de 24 à 48 heures ; une absence non justifiée dans ce délai peut être traitée comme une faute.
- 3
Déposer le volet CNAS dans les 48 heures
À l’agence CNAS dont dépend votre employeur (ou votre domicile selon les wilayas), hors jours fériés. Un dépôt tardif expose à une réduction ou à un refus des indemnités pour les jours non couverts. Conservez le récépissé ou la copie tamponnée.
- 4
Accepter le contrôle médical
La CNAS peut convoquer son médecin-conseil ou envoyer un contrôleur à votre domicile aux heures de présence indiquées sur le certificat. Une absence injustifiée au contrôle suspend l’indemnité ; un désaccord médical se conteste par expertise.
- 5
Prolonger ou reprendre
Une prolongation se dépose comme l’arrêt initial, avant la fin de la période en cours. À la reprise, votre employeur peut demander un certificat de reprise ; après un arrêt long, une reprise à mi-temps thérapeutique peut être prescrite et indemnisée.
- 6
Vérifier le paiement
Les indemnités sont versées par virement CCP ou bancaire sur le compte que vous avez déclaré, en général quelques semaines après le dépôt. Votre espace assuré sur le portail de la CNAS et l’agence permettent de suivre le dossier. Ne pas confondre avec le congé annuel, qui reste payé par l’employeur.
Accident du travail et accident de trajet : une protection plus forte
La loi 83-13 qualifie d’accident du travail toute lésion corporelle causée par un événement soudain et extérieur survenu dans le cadre de la relation de travail. Elle y assimile l’accident de trajet, entre le domicile et le lieu de travail ou le lieu habituel des repas, dès lors que le parcours n’a pas été interrompu pour un motif personnel. Peu importe que l’employeur ou le salarié soit en faute : la réparation est automatique et plus favorable que celle de la maladie.
| Arrêt maladie (loi 83-11) | Accident du travail ou de trajet (loi 83-13) | |
|---|---|---|
| Indemnité journalière | 50 % puis 100 % à partir du 16e jour | 100 % du salaire de poste journalier dès le premier jour (plafonnée à 1/30 du salaire mensuel) ; le jour de l’accident est payé par l’employeur |
| Soins, médicaments, hospitalisation | 80 % (ou 100 % pour les affections chroniques) | 100 %, y compris prothèses, rééducation et transport sanitaire |
| Délais | Employeur 24 h, volet CNAS 48 h | Victime → employeur 24 h ; employeur → CNAS 48 h (déclaration d’accident) ; à défaut, la victime peut déclarer elle-même pendant 4 ans |
| Après consolidation | Reprise ou invalidité | Rente si une incapacité permanente partielle (IPP) subsiste, selon le taux fixé par le médecin-conseil ; les faibles taux sont convertis en capital unique |
| Décès | Capital décès (assurances sociales) | Rente aux ayants droit (conjoint, enfants, ascendants à charge) et frais funéraires |
Concrètement : faites constater l’accident le jour même (médecin, urgences), notez les témoins, exigez de votre employeur la déclaration d’accident du travail en quatre exemplaires dont un vous revient tamponné, et ne laissez personne requalifier l’accident en « maladie » pour éviter la paperasse : vous y perdriez la moitié de l’indemnité des 15 premiers jours et la couverture intégrale des soins. Si l’employeur refuse de déclarer, rendez-vous à l’agence CNAS avec le certificat médical initial et toute preuve (planning, badge, témoignage) : l’inspection du travail peut aussi être saisie.
Maladie professionnelle : la liste et la présomption
Une maladie est professionnelle quand elle figure dans les tableaux fixés par la réglementation (surdité du métallurgiste, affections liées à la silice, au plomb, à l’amiante, troubles musculo-squelettiques de certains gestes répétés…) et que le salarié a été exposé au risque pendant la durée prévue. Dans ce cas, le lien avec le travail est présumé : vous n’avez pas à le prouver. La maladie se déclare à la CNAS avec un certificat médical descriptif ; l’indemnisation suit le régime des accidents du travail (indemnité à 100 %, soins intégraux, rente en cas d’incapacité). Hors tableaux, la reconnaissance reste possible mais exige une expertise établissant le lien direct avec l’activité. Les travailleurs du Sud, des mines, du BTP et de l’industrie sont les premiers concernés ; votre fiche d’exposition et vos visites de médecine du travail sont les pièces qui comptent.
Votre contrat pendant l’arrêt
- Suspension, pas rupture. L’article 64 de la loi 90-11 range la maladie et l’accident parmi les causes de suspension de la relation de travail : le contrat continue, le poste vous attend, l’ancienneté court. L’article 65 vous garantit la réintégration dans votre poste ou un poste équivalent à la reprise.
- Pas de licenciement pour cause de maladie. Un licenciement motivé par l’arrêt lui-même est abusif. Un employeur peut en revanche sanctionner une absence non justifiée (certificat jamais transmis) ou une faute commise pendant l’arrêt (travailler ailleurs, par exemple).
- CDD et période d’essai. Un CDD n’est pas prolongé d’office par la maladie : il prend fin à son terme, et la CNAS continue de verser l’indemnité jusqu’à la guérison dans les limites du régime. Pendant la période d’essai, l’employeur peut rompre à tout moment, mais pas à cause de la maladie.
- Congés annuels. Les jours d’arrêt maladie ne sont pas des congés : si la maladie survient pendant vos congés, demandez le report des jours perdus, prévu par la plupart des conventions collectives.
- Fonctionnaires. Le statut général de la fonction publique (ordonnance 06-03) prévoit des congés de maladie propres, avec maintien du traitement par l’administration et remboursement par la CNAS : les délais de dépôt sont les mêmes, les taux dépendent du statut.
Erreurs qui coûtent cher
- Déposer le certificat en retard. Les jours antérieurs au dépôt peuvent ne pas être indemnisés. Si vous êtes hospitalisé, un proche peut déposer pour vous.
- Accepter un « arrangement » à la place d’une déclaration d’accident. Une enveloppe de l’employeur ne couvre ni les soins futurs ni la rente si des séquelles apparaissent des mois plus tard.
- Travailler pendant l’arrêt, chez soi ou ailleurs : perte des indemnités, remboursement des sommes perçues et faute disciplinaire.
- Le certificat de complaisance. Un arrêt obtenu sans maladie réelle expose le salarié (remboursement, sanction) et le médecin (poursuites) ; la CNAS contrôle et croise les données.
- Ignorer une déclaration CNAS incomplète. Un salaire déclaré au SNMG alors que vous touchez le double divise votre indemnité par deux. Vérifiez vos relevés dans votre espace assuré et exigez la régularisation ; c’est aussi votre future pension qui est en jeu.
Questions fréquentes
Mon employeur doit-il me payer pendant mon arrêt maladie ?
Non, sauf si votre convention collective, votre accord d’entreprise ou votre contrat prévoit un complément. C’est la CNAS qui verse l’indemnité journalière : 50 % du salaire de poste journalier les 15 premiers jours, 100 % ensuite, et 100 % dès le premier jour en cas d’hospitalisation ou d’affection de longue durée.
J’ai déposé mon arrêt après 48 heures. Est-ce perdu ?
Pas forcément, mais la CNAS peut refuser d’indemniser les jours antérieurs au dépôt. Déposez quand même, joignez la preuve de l’empêchement (hospitalisation, éloignement) et demandez un recours gracieux à l’agence si une partie est refusée.
Un accident sur le chemin du travail est-il un accident du travail ?
Oui, l’accident de trajet est assimilé à l’accident du travail par la loi 83-13, à condition que le parcours entre votre domicile et le lieu de travail (ou le lieu habituel des repas) n’ait pas été interrompu ou détourné pour un motif personnel. L’indemnité est de 100 % dès le premier jour.
Mon employeur refuse de déclarer mon accident à la CNAS. Que faire ?
Allez vous-même à l’agence CNAS avec le certificat médical initial et vos preuves (témoins, planning, constat) : la victime peut déclarer l’accident dans un délai de quatre ans quand l’employeur ne l’a pas fait. Saisissez aussi l’inspection du travail de la wilaya.
Peut-on me licencier pendant un arrêt maladie ?
Pas à cause de la maladie : l’arrêt suspend le contrat (article 64 de la loi 90-11) et vous devez retrouver votre poste à la reprise. Seules une absence jamais justifiée ou une faute commise pendant l’arrêt peuvent fonder une sanction, selon la procédure disciplinaire habituelle.
Combien de temps la CNAS peut-elle m’indemniser ?
Jusqu’à trois ans pour une même affection, sous réserve du contrôle médical et des conditions de travail antérieur. Si l’état de santé ne permet plus de reprendre, le médecin-conseil oriente vers une pension d’invalidité ; après un accident du travail, une rente d’incapacité permanente peut être attribuée.
Les indemnités journalières sont-elles imposables ?
Non, elles sont exonérées d’IRG. Elles ne supportent pas non plus la cotisation salariale de 9 %, puisqu’elles ne sont pas un salaire.
- Loi n° 83-11 du 2 juillet 1983 relative aux assurances sociales, modifiée et complétée — Journal officiel n° 28 du 5 juillet 1983
- Loi n° 83-13 du 2 juillet 1983 relative aux accidents du travail et aux maladies professionnelles, modifiée et complétée
- Loi n° 83-14 du 2 juillet 1983 relative aux obligations des assujettis en matière de sécurité sociale (affiliation dans les 10 jours)
- Loi n° 90-11 du 21 avril 1990 relative aux relations de travail (articles 64 et 65 : suspension de la relation de travail)
- Décret exécutif n° 94-187 du 6 juillet 1994 fixant la répartition du taux de la cotisation de sécurité sociale, modifié
- CNAS — assurés sociaux : arrêt de travail, indemnités journalières, accidents du travail
- Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale — inspection du travail
Textes consultés à la date de mise à jour de l’article.